You miss a single word

« Un seul verbe vous manque et… la phrase s’allonge. » Une maxime curieuse pour une curieuse tendance. Internet bruisse de mots inventés par des passionnés du français. «Pourquoi ne dit-on pas d’une fille pétulante qu’elle pétule, ou d’un verbe opportun qu’il opportune?» s’exclame l’équipe du Dictionnaire des verbes qui manquent. Née lors d’une soirée arrosée, l’interrogation existentielle de trois journalistes, un prof de philo et un graphiste a eu tôt fait de prendre vie sur un blog.

Presque chaque jour y fleurissent de nouvelles suggestions loufoques. Depuis 2009, plus de 2000 verbes ont été inventés par les auteurs et leurs fans internautes. Stéphanie Buttard, seul élément féminin du quintet, évoque «la passion pour la pâte à mots-deler». Or ces Français installés à la Réunion ne sont pas les seuls à prendre des libertés avec le Larousse.

Motivation puissante
Inventer des mots n’est pas nouveau. Rabelais, ou plus tard Lewis Caroll, ont donné leurs lettres de noblesse à cet art. Internet offre un auditoire aux particuliers qui s’y essayent. Jean-Claude Guillaume: «J’ai commencé à créer des mots-valises en rédigeant un discours humoristique pour le départ du proviseur du lycée voisin.» Ce retraité qui vit en Moselle commet à cette occasion «éraduquer». Il distille ensuite ses trouvailles sur un site. «Sans internet, et l’impression de livres numériques à l’unité, je n’aurais pas consacré autant de temps à cette activité. Etre lu au-delà du cercle familial est une puissante motivation. Avant, mes inventions se perdaient dans les dédales de mon esprit, sans profiter à qui que ce soit.»

Claire Delavallée, qui défend sur son site la langue «xyloglotte», a d’abord utilisé un support papier. Cette spécialiste en traduction automatique s’est mise à assembler les lettres de curieuse façon après un cours sur la formation des mots savants. Inspirée par le fameux «capillotracté» (tiré par les cheveux), elle commence à former des combinaisons avec des étymologies grecques et latines: «J’ai d’abord diffusé autour de moi un document papier. Le web m’a permis de partager mes trouvailles hors de mon entourage, et de recevoir de nouvelles suggestions.»

Se démarquer des autres
Almaterra, auteur du site L’Impossible dictionnaire, a attrapé le virus directement sur la Toile, «après un concours de néologismes que je n’ai pas gagné, mais c’est moi qui ai été gagné par la folie de la destructuration verbale. J’ai commencé à monter et remonter les mots avec la notice en danois…»

L’interactivité se révèle créative: «J’ai trouvé mes plus belles définitions en répondant aux commentaires du blog», note celui qui se dissimule derrière un pseudo. Resté caché lui permet de lâcher sa plume: «Peu de gens autour de moi savent que je pratique ce sport.»

A ces motivations, Alexei Prikhodkine, chargé de cours en linguistique générale à l’Université de Lausanne, rajoute la fonction identitaire: «On invente des mots pour marquer les limites de son groupe d’appartenance, se démarquer des autres. Cette volonté lexicale est plus ou moins consciente. Un exemple très médiatisé est le langage des jeunes. Beaucoup de communautés définies socialement font de même. Mais ces mots restent souvent inconnus des autres.» En Suisse, des sites recensent les particularismes locaux. Mais il semble n’y en avoir aucun qui crée des mots.

En France, certains s’amusent à tester leurs trouvailles dans la vie courante: «En général, l’interlocuteur me fait répéter. S’il a l’esprit joueur, il essaie de retrouver le sens. Les réactions vont de la perplexité navrée à la franche rigolade», note Claire Delavallée. Des audaces aux succès divers: «Ce qui compte, c’est le traitement social fait aux innovations, note Alexei Prikhodkine.
A ce jeu, «capillotracté» ou «capilotracté» – attribué à Pierre Desproges – fait figure de best-seller. Il possède même son groupe Facebook.

(Source : 24heures)

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